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Témoignage
d'une ingénieure
de recherche

Région Bourgogne Franche Conté

Mission Flash…Toujours suspendus!

Ingénieure de recherche
GRégion Bourgogne Franche Conté

Série témoignage 81

Suite à la conférence de presse du 11 juillet. 

Ingénieure de recherche depuis 15 ans au sein d’une équipe dédiée à l’épidémiologie du cancer, équipe située dans des locaux universitaires, j’ai été suspendue de mes fonctions le 15 septembre 2021 pour une durée indéterminée étant administrativement rattachée à un établissement de santé du département. Cette suspension est intervenue alors même que j’étais en situation d’arrêt maladie.

N’ayant pas souhaité participer à ce chantage à la vaccination comme gage pour conserver mon emploi et les droits de prise en charge de mon arrêt maladie, je me suis donc retrouvée sans ressources et dans l’incapacité de retrouver un autre emploi.

En un claquement de doigts, j’ai perdu ma place dans la société.Je suis devenue inapte, irresponsable, égoïste et dangereuse à l’égard de mes concitoyens, alors même que j’étais jusque-là légitime en tant que scientifique et que je menais des projets d’envergure dans la recherche contre le cancer.

Dès cet instant, le temps semble avoir été également comme suspendu.

Je me suis sentie trahie et abandonnée par mon employeur, par mes collègues, par l’opinion publique, par les médias et par la justice.

Cette période m’a paru une éternité, me retrouvant comme échouée sur une embarcation sans rames ni gouvernail, évoluant au gré des courants et des vagues successives, espérant une accalmie qui me permettrait de retrouver mon équilibre.

Toutes les demandes d’aides financières ont été refusées sous le prétexte que la suspension ne rentre pas dans les conditions d’obtention des aides exceptionnelles. Nous, les suspendus,nous sommes retrouvés dans un vide administratif et juridique, une situation inédite qui n’existait pas aux yeux de la société mais que nous subissons de plein fouet. Une suspension qui ne devait pas durer plus de 2 mois renouvelables 1 seule fois et qui à ce jour n’a toujours pas de date limite.

Il nous a été rappelé par notre employeur qu’étant suspendus, nous n’avions plus de droits mais tout de même des devoirs, celui de réserve, qui nous empêche d’avoir une parole libre et de nous exprimer en public la maltraitance institutionnelle que nous avons subie.

Les mois se sont ensuite succédés et le sujet des « soignants suspendus » est devenu de plus en plus tabou. Nous n’avons jamais réellement su combien nous étions à avoir reçu cette fameuse lettre la semaine du 15 septembre.

Heureusement quelques lumières dans ce brouillard épais m’ont permis de tenir bon : le soutien familial bien sûr mais également de belles rencontres avec des collègues subissant la même situation et avec des citoyens qui nous ont accompagnés sans aucun jugement, nous avons pu aussi bénéficier du soutien de personnalités publiques tel que vous. et du soutien de plusieurs avocats, désireux du respect des droits fondamentaux du Code du Travail.

Nos référés suspension déposés devant le tribunal administratif de Dijon, ont été rejetés en premier lieu, puis nous avons eu gain de cause lors du recours au fond concernant l’illégalité de la suspension pour des agents se trouvant en situation d’arrêt maladie. Cette victoire nous a fait du bien, néanmoins elle ne permet pas d’avoir réparation des préjudices vécus durant des mois.

j’ai repris de façon provisoire mes fonctions au sein de mon équipe de recherche grâce à la présentation d’un certificat de rétablissement covid, mais je serai de nouveau suspendue d’ici quelques semaines si rien ne change.

En tant que chercheuse, j’estime avoir une responsabilité vis-à-vis de la société.

Responsabilité que j’assume en tenant ma position et en conservant ma liberté intellectuelle, quoi qu’il m’en coûte. Dès le début de ma carrière, je me suis engagée à être intègre scientifiquement afin de garantir des études de recherche de qualité.

Malheureusement, aujourd’hui, je n’ai plus légalement le droit d’exercer mon métier dans les mêmes conditions. Je ne peux qu’obéir et cela même si l’ordre va à l’encontre de la science. L’obéissance devient la norme pour être un « bon » chercheur.

Face à cette nouvelle donne, mon métier de chercheuse n’a plus de sens, et je me retrouve à occuper à présent un emploi fantôme.

J’ai aimé mon travail durant toutes ces années et j’estime l’avoir bien fait.

Malheureusement, mon aptitude au travail est désormais conditionnée par la présentation d’un QR code valide dénué de sens. J’espère à présent pouvoir continuer d’exercer mon métier de chercheur au sein d’un organisme indépendant, s’il en existe encore.

Pour cela, encore faudra-t-il réussir à retrouver la confiance en moi pourme reconstruire ces derniers mois difficiles et en prévision de ceux à venir.

 

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